LA MAGIE DANS L’EMPIRE

RoS 2 p21 à 29

L’EMPIRE ET LA RÉPRESSION DE LA MAGIE

Bien des millénaires [...] après la longue guerre entre les elfes et les nains, qui se solda par l’exode des premiers, [le Vieux Monde ] se trouva pour l’essentiel abandonné aux orques, aux gobelins et aux tribus barbares des humains. En ces temps reculés, les humains n’étaient que des sauvages vêtus de peaux de bêtes, à peine discernables des orques aux yeux des elfes qui quittaient ces contrées. Ces tribus d’humains primitifs restèrent largement divisées jusqu’à l’avènement de Sigmar Heldenhammer. Sigmar lança et conduisit le mouvement d’unification des tribus antagonistes des humains. Il créa des liens d’amitié avec la race déclinante des nains lorsqu’il sauva Kurgan Barbe de Fer, haut roi des nains, des griffes d’une bande de pillards orques.

Dans ces jours anciens, le peuple de l’Empire de Sigmar entretenait peu de relations avec la magie ou les arts qui s’y rattachent. La plupart des gens pensaient que tout ce qui touchait à la sorcellerie était dangereux par essence, malsain et probablement maléfique. Cette opinion découlait du fait que les quelques humains qui étaient sensibles à la magie n’avaient pas la moindre idée de la manière de s’en servir sans difficulté et encore moins de l’utiliser sans risque. En fait, un grand nombre de ces sorciers primitifs tombèrent sous l’influence corruptrice du Chaos et devinrent fous ou furent absorbés par le royaume du Chaos.

L’influence des nains

Un autre des facteurs significatifs qui contribuèrent à entretenir la méfiance de l’Empire vis-à-vis de la magie et de son usage pourrait bien découler de sa longue association avec les nains. Cette race n’a que peu, voire pas du tout, d’affinité avec la magie; les nains ne sont pas capables de la percevoir comme le peuvent les elfes et certains humains et encore moins de la manipuler pour créer des sorts. Ainsi les nains, qui sont par nature farouchement conservateurs, ont-ils développé un sentiment de suspicion et de méfiance envers la magie. Cette façon de penser a évidemment été renforcée par leur longue et terrible guerre contre les elfes, durant laquelle ceux-ci, maîtres de la magie, l’utilisèrent comme si cela leur était inné.

À cause des liens d’amitié existants entre Sigmar et leurs royaumes, les nains entreprirent de civiliser les tribus humaines en leur enseignant des techniques de construction et de métallurgie très évoluées par rapport aux capacités primitives dont disposaient les humains de cette époque. En plus de ces avancées technologiques et scientifiques, les humains assimilèrent sans aucun doute un certain nombre de croyances et de pratiques culturelles auprès de leurs mentors nains. Il est fort probable que la profonde méfiance des nains à l’encontre des utilisateurs de la magie et de l’art de la pratiquer fit partie de ces acquis culturels. Toutefois, cette défiance ne s’étendait pas jusqu’aux merveilleuses œuvres des maîtres des runes nains ou aux saints hommes et femmes des tribus humaines qui obtenaient régulièrement des résultats magiques par leurs rituels et leurs prières. Comme aujourd’hui les prêtres de l’Empire, on considérait que ces mystiques du passé communiquaient avec les dieux. Les résultats surnaturels obtenus par ces personnes étaient donc des exemples de la façon dont les dieux pouvaient opérer des miracles par l’intermédiaire de leurs serviteurs les plus pieux et étaient extrêmement éloignés de la dangereuse sorcellerie pratiquée (intentionnellement ou non) par les rares malheureux capables de percevoir et de manipuler la matière brute des vents du Chaos. Voilà du moins l’opinion générale des bons citoyens de l’Empire.

Dans les tribus humaines, les rumeurs allaient bon train au sujet de l’infamie qui frappait ces pauvres infortunés, accablés par la folie et les mutations physiques à cause de leurs incontrôlables aptitudes magiques utilisées sans formation, jusqu’à ce que Sigmar décrète que de tels individus étaient clairement maudits. Sigmar avait affronté de nombreux sorciers et démons à la guerre et il avait été grièvement blessé par Nagash, le grand nécromancien. Ajoutées aux conseils catégoriques de ses alliés nains et à sa propre foi en la force de son bras et en un honnête labeur, ces expériences contribuèrent probablement à convaincre le premier Empereur que pour maîtriser et faire prospérer son empire, les seules véritables préoccupations de son peuple devaient être de se tenir prêt à faire la guerre et de construire des villes fortifiées de bois et de pierre. Et en aucun cas la magie et l’art de la maîtriser.

La magie et les cultes de l'Empire

Lorsque Sigmar entra dans la légende, les opinions relatives à la magie se dégradèrent encore. De nombreux prêtres la considéraient avec de plus en plus d’inquiétude, particulièrement au regard de la façon qu’elle avait de corrompre la forme physique. La magie était une énergie impure, responsable de l’apparition des mutants, de l’existence des hommes-bêtes et qui attirait de nombreux maux. Il est dans la nature de l’homme de craindre et de condamner ce qu’il ne comprend pas. En outre, comme de nombreux utilisateurs de magie étaient également des adeptes des Puissances de la Ruine, il leur parut logique de commencer par interdire purement et simplement l’usage de la magie pour protéger l’Empire de la menace du Chaos.

Au fil du temps, cette manière de penser finit par gagner de nombreux autres cultes de l’Empire. Nul ne pouvait nier que là où les prédicateurs de Sigmar avaient effectué leurs flamboyantes purifications, il y avait moins de mutants, moins de calamités et pratiquement plus aucune poussée de peste démoniaque.

L’usage de la magie fut interdit pendant des siècles, à la fois par la tradition et par le code civil et même, à certaines époques, officiellement condamné par les dirigeants des cultes religieux. De terribles punitions attendaient ceux que l’on prenait à s’adonner à «l’ensorcellement» et des châtiments plus affreux encore étaient réservés à ceux qui allaient jusqu’à pratiquer «les arts de sorcellerie.» Plus le temps passait, plus le nombre d’adeptes de la magie démasqués et brûlés augmentait. Les prêtres avaient découvert qu’une bonne condamnation au bûcher pouvait à la fois leur servir à protéger leurs ouailles, à rappeler ses devoirs religieux au peuple et à lui procurer un peu de distraction pendant les mois d’hiver.

Dans la plupart des cas, toute personne essayant de protéger les accusés connaissait le même sort, par mesure de sécurité. Des milliers d’innocents furent sans aucun doute exécutés au cours de cette «époque ardente», dans une ferveur religieuse sans cesse grandissante qui persista jusqu’à l’accession au pouvoir de l’Empereur Magnus.

Dans les zones rurales de l’Empire, on pouvait toujours rencontrer des herboristes locaux, des diseuses de bonne aventure, des fabricants d’amulettes, des rebouteux et autres sorciers de village, qui vivent tous de la superstition et de l’ignorance. Pourtant, en dépit du fait que l’on peut à peine considérer ces praticiens comme des utilisateurs de magie, les paysans de l’Empire, craintifs et superstitieux, les traitaient de telle façon qu’aucun d’eux ne pouvait jamais se penser complètement à l’abri des bigots de leurs communautés. Nombre d’entre eux furent chassés de village en village, torturés et brûlés par desfoules terrorisées ou même par les répurgateurs de l’Empereur.

Les rares individus qui étudiaient la magie et l’art de la pratiquer ou, pire encore, qui vénéraient les dieux du Chaos, le faisaient dans le plus grand secret. Il s’agissait invariablement de personnes riches ou nobles, s’engageant dans ce genre de recherches pour tromper leur ennui ou dans le but d’acquérir certains avantages commerciaux, politiques ou guerriers. La majorité possédait de naissance une affinité naturelle avec la magie, d’une nature ou d’une autre. Ces individus riches et puissants étaient ceux qui étaient le mieux à même de dissimuler leurs activités aux yeux du public (mais pas toujours les effets que celles-ci pouvaient avoir sur eux) et qui possédaient les ressources nécessaires pour se procurer les grimoires occultes interdits et les différents objets magiques nécessaires à améliorer leurs capacités.

À la recherche d’un savoir secret

Pendant toute cette période de persécution, de petits groupes d’individus sensibles à la magie (faisant généralement partie des classes les plus riches) réussirent à se regrouper et à mener des expériences clandestines. Certains créèrent même leurs propres traditions ésotériques, quoique celles-ci fussent d’une portée limitée et assez peu évoluées. Quelques personnes ou comités d’une qualité exceptionnelle réussirent à ne pas tomber sous la domination des ténèbres ou simplement à ne pas s’autodétruire par maladresse. Ces gens apparaissaient de temps en temps au grand jour, toujours au moment des épidémies de peste ou lorsque la guerre déchirait le pays, mais ces groupuscules ne subsistaient jamais bien longtemps. Même pendant la désespérante et apparemment interminable période d’anarchie qui porte

le nom de guerre des Trois Empereurs, les autorités religieuses ou civiles tolérèrent rarement bien longtemps l’existence de telles congrégations occultes, indépendamment du fait que celles-ci pouvaient être totalement inoffensives ou du bien qu’elles tentaient de faire. Tous ceux qui admettaient ouvertement posséder des talents ou des connaissances occultes finissaient inévitablement par être mis à mort, qu’il s’agît d’individus isolés ou de communautés entières.

Malgré quelques dangereux échecs et l’obstination bornée que les répurgateurs mirent à s’efforcer de les démanteler, certaines de ces sociétés secrètes consacrées à la création d’une tradition occulte unifiée se révélèrent remarquablement persistantes au cours des siècles. L’une de ces disciplines, l’alchimie, parvint même à acquérir une certaine respectabilité, une fois qu’elle se fut débarrassée de tous ses liens apparents avec la magie. Malgré cette maigre victoire, les tentatives de rationalisation des arts occultes étaient loin de présenter des formes universelles ou de correspondre à des croyances communes. Au fil des longues années que dura la persécution, le processus d’expérimentation le plus répandu chez ceux qui étaient suffisamment courageux, déraisonnables ou désespérés pour tenter d’élaborer une tradition magique fut la méthode du «ça passe ou ça casse»; avec, évidemment, des résultats très variés.

La tentation des ténèbres

Il n’est pas inexact d’affirmer que si la répression de l’usage de la magie fut aussi stricte et sanglante, c’est à cause du fait que la majorité des utilisateurs de magie de ce temps s’étaient tournés vers les arts sombres. Comme la législation impériale ou provinciale, pas plus que les règlements ou les doctrines des différents cultes, ne prévoyait aucun moyen légal d’effectuer d’authentiques recherches sur la magie, «l’ère des bûchers» eut une allure de prophétie qui se réalise. La conviction universelle voulait que ceux qui pouvaient utiliser l’énergie magique fussent impurs et maléfiques. Devant de telles superstitions, les individus sensibles à la magie et qui se trouvaient en position de pouvoir l’utiliser décidèrent qu’il valait mieux prendre le risque de se tourner vers les arts sombres. Si cela pouvait leur procurer une chance de se protéger de la persécution des cultes de l’Empire, qu’avaient-ils à perdre? Par ailleurs, nombre d’entre eux étaient convaincus qu’une sensibilité révélée à la magie les condamnait automatiquement au bûcher et à la damnation. Ils avaient donc tout à gagner à étudier les arts sombres, ou même à vénérer les Dieux Sombres eux-mêmes.

MAGNUS LE PIEUX ET LA GUERRE CONTRE LE CHAOS

Au cours des deux millénaires qui suivirent la disparition de Sigmar, des cultes et des sociétés secrètes apparurent partout dans l’Empire. Au cœur de la nuit, dans presque toutes les cités et les villes les plus importantes, leurs membres pratiquaient à la fois leurs dangereuses versions de la sorcellerie, les rites d’invocation de la magie noire et la démonologie. En ce temps-là, la simple mention de sorcellerie suffisait parfois pour attirer les foudres des répurgateurs, avec leurs torches flamboyantes et leurs cruels chiens de guerre.

De toutes les guerres et les épreuves qui ont accablé l’Empire, il en est une qui surpasse tout en monstruosité et en horreur: la Grande Guerre contre le Chaos ou, comme on la nomme parfois, la Grande Incursion du Chaos, menée et remportée par les valeureux hommes de l’Empire et leurs alliés contre les adorateurs de démons des hordes d’Asavar Kul.

Dans les ténébreuses années qui précédèrent l’ouverture du second millénaire après Sigmar, l’Empire vacilla, au bord de l’anéantissement. Des siècles d’une guerre civile impitoyable avaient mis le cœur de l’Empire à feu et à sang et le royaume des empereurs, si glorieux autrefois, avait sombré dans l’anarchie entre les mains de mauvais souverains. Quatre Comtes Électeurs provinciaux s’autoproclamèrent Empereur légitime, chacun d’eux aussi résolu à s’imposer que les autres, et les armées de Marienburg, du Talabecland, de Middenheim et du Reikland marchèrent les unes contre les autres dans d’incessants conflits, ne laissant dans leur sillage que destruction, pauvreté et famine.

Les Vents de Magie

Dans les tout derniers jours qui précédèrent le début du troisième siècle du second millénaire, les Vents de Magie descendirent du nord, de plus en plus violents, saturant la terre de l’énergie brute de l’Aethyr. Dans tout le Vieux Monde, les créatures du Chaos, déjà nombreuses, se multiplièrent et prirent de l’assurance, émergeant des profondeurs des forêts et descendant des sommets des montagnes, se jetant sur les villes et les villages pour les piller et les brûler. Il eut été facile de mettre un terme à ces expéditions au début, si seulement les Électeurs des provinces s’étaient alliés pour les repousser. Mais ils ne le firent pas, aveuglés qu’ils étaient par leur arrogance et la méfiance qu’ils ressentaient les uns pour les autres. C’est ainsi que ces offensives du Chaos tournèrent à la guerre ouverte, et les provinces de l’Ostland et de l’Ostermark furent ravagées.

Poussés vers le sud par la marée du Chaos qui submergeait leurs territoires, des guerriers venus de Norsca et de plus loin encore ravagèrent les côtes de l’Empire et de la Bretonnie, et des troupes de maraudeurs, commandées par des élus du Chaos en armure noire, s’aventurèrent dans le sud jusqu’au Hochland et au Middenland. Pour aggraver encore les choses, la désorganisation et la stupidité des seigneurs impériaux de cette sombre et terrible époque permit à de sauvages hordes d’orques et de gobelins, qui avaient été repoussées vers l’ouest par le pouvoir grandissant du Chaos, de mettre à sac les régions frontalières de l’Empire sans la moindre opposition.

La catastrophe atteignit son point culminant durant l’été de l’année impériale 2301. Dans tout l’Empire, on assista à d’inquiétantes manifestations annonciatrices de désastre. On raconte que des puits qui avaient alimenté des villes pendant des générations s’asséchèrent soudainement ou se mirent à vomir une vase infecte. Des chancres mystérieux ou des nuages d’insectes s’abattirent sur les récoltes et les ravagèrent. Le bétail et les animaux domestiques succombèrent à des maladies ou donnèrent naissance à des monstres abominables. On raconte même que l’on vit des poissons pourvus d’ailes s’envoler hors des rivières et des cochons se tenir sur leurs pattes arrière et marcher comme des hommes. Le pays fut submergé par la terreur et l’hystérie collective.

La fin est proche!

Pris au piège au milieu de tant d’horreurs et de massacres, le petit peuple de l’Empire crut voir la fin du monde approcher. Un grand nombre de gens se tournèrent avec ferveur vers les dieux comme vers une dernière planche de salut et les cultes de l’Empire, particulièrement celui de Sigmar, virent leur puissance augmenter de jour en jour tandis que la populace terrifiée affluait dans les temples. Pourtant, en même temps que ces innombrables fidèles se précipitaient dans le giron des dieux, de nombreuses autres personnes, les désespérés et les exclus, trouvaient le réconfort dans la vénération de divinités plus anciennes et plus sombres. En dépit de l’édit interdisant la pratique de la sorcellerie, on livrait tous les jours de nouveaux utilisateurs de magie aux autorités. Le ciel nocturne était illuminé par les bûchers des répurgateurs et pourtant l’usage de la magie persistait.

Sentant leur temps venu, les fous furieux qui servaient les dieux du Chaos se glissèrent hors de leurs repaires, cachés dans toutes les villes et cités de l’Empire, sautant sur l’occasion d’en prendre le contrôle. Mal préparées, les milices de ces malheureuses agglomérations n’avaient pas la moindre chance de s’en sortir contre les fanatiques serviteurs des sombres puissances et leurs alliés démoniaques. Tous les citoyens qui le pouvaient s’enfuirent de leurs foyers; ceux qui restèrent furent pourchassés dans les rues comme des animaux.

La marée du Chaos

Très loin au nord, le portail du Chaos, démesurément enflé par la poussée d’énergies irrépressibles, commença à dégorger l’ombre noire de l’Aethyr qui se déversa en direction du sud, noyant le Pays Perdu et l’absorbant dans le royaume du Chaos. Les armées du Chaos s’avançaient devant cette irrésistible lame de fond et, tandis qu’elles progressaient toujours plus avant dans le sud, leur nombre grossissait. Les plus puissants des champions du Chaos, accompagnés de leurs troupes guerrières, se joignirent aux monstres des Désolations du nord, qui amenaient avec eux des armées de maraudeurs venus des frontières du Pays des Trolls. Dans les profondeurs de forêts de l’Empire, les mutants et les hommes-bêtes se rassemblèrent et se préparèrent à la guerre.

Entre les Monts du Milieu et la Haute Passe, à de nombreuses lieues au nord de Praag, une abominable horde vouée aux dieux du Chaos fit son apparition. À ce que l’on raconte, il s’agissait de la plus importante armée jamais levée pour déclarer la guerre au Vieux Monde. D’après certains, elle était composée de cent mille guerriers. Mais d’autres affirment qu’ils étaient trois ou quatre fois plus nombreux. Cette redoutable multitude marcha sur le sud en répandant la ruine sur son passage.

À l’approche de l’automne, même les plus grandes capitales de l’Empire tombèrent dans l’anarchie. Les fermes, les villages et les villes les plus écartés furent abandonnés aux maraudeurs du Chaos et un flot continu de réfugiés se précipita vers les cités déjà surpeuplées. Même dans la prospère région du Reikland, autour de Nuln et d’Altdorf, les choses allaient mal. Des monstres rôdaient dans la forêt du Reikwald et les bateaux étaient attaqués et brûlés lors de leurs voyages sur les grands fleuves de la province. Dans les rues de toutes les cités, des fanatiques et des prophètes de malheur haranguaient les foules, chacun prêchant pour ses propres manières d’obtenir la rédemption, toutes aussi déplaisantes les unes que les autres. Désespérés, de nombreux citoyens qui pensaient que la fin du monde était arrivée se joignirent à ces troupes de flagellants et d’oiseaux de mauvais augure emplis de haine envers le monde.

À Nuln, une puissante cabale de sorciers voués à Tzeentch sortit de la clandestinité pour mener des cohortes de démons et de cultistes hurlants à l’assaut contre les forces de la loi épuisées. Quelques citoyens, poussés aux frontières de la folie par la famine et la faim, se soumirent à ce qu’ils considéraient comme la victoire inévitable du Chaos et tentèrent leur chance aux côtés des sorciers, se retournant contre leurs propres frères et sœurs. Les répurgateurs et les prédicateurs firent de leur mieux pour rallier le peuple contre ces serviteurs des sombres puissances et ce fut la guerre dans les rues.

Un signe dans le ciel

Tapis dans les égouts et dans les ruines des maisons incendiées, les citoyens terrifiés priaient pour leur salut, conjurant les dieux de leur envoyer un signe qui leur montrerait qu’ils n’étaient pas seuls face aux ténèbres montantes. Presque exactement deux mille trois cents ans après la mort de Sigmar Heldenhammer, il sembla que les prières du peuple avaient été entendues. Un signe apparut dans le ciel: une comète à deux queues jumelles, l’antique symbole du divin père fondateur de l’Empire, traversa la voûte des cieux dans toute sa gloire flamboyante. Mais que pouvait bien signifier ce présage?

La réponse à cette question vint sous la forme d’un jeune homme fougueux qui se destinait au séminaire du culte de Sigmar de la cité de Nuln. Il se nommait Magnus et était le plus jeune fils d’une noble famille. Grâce à sa grande clairvoyance, à ses discours passionnés, à son habileté aux armes et à sa foi inébranlable, il attira à lui une armée de fidèles et les mena à la victoire contre les adorateurs des Dieux Sombres, écrasant les forces de la coalition des sorciers et purgeant sa ville de toutes les traces de leur passage.

Mais ailleurs, les forces de l’humanité étaient loin de se montrer victorieuses. La horde du Chaos ravagea le nord du Kislev avant de se porter vers le sud en longeant les contreforts des Montagnes du Bord du Monde, avançant sans relâche vers le cœur du Kislev et la florissante cité de Praag, dont les citoyens paniqués se préparèrent à la guerre. Des milliers de personnes venues des campagnes environnantes se précipitèrent à l’intérieur des remparts, apportant le peu de bétail et de blé ayant échappé aux incessantes épidémies qui avaient accablé la contrée. Mais c’était loin d’être suffisant. Les braves habitants de Praag ne tardèrent pas à souffrir de la famine et, comme ils étaient déjà affaiblis, ils furent nombreux à succomber aux odieuses visites de Grand-père Nurgle.

Cependant, les Kislevites assiégés entendirent parler d’un héroïque chef de guerre du sud. Un certain Magnus montait vers le nord à la tête d’une armée pour se porter à leur secours. En effet, au fil des semaines et des mois écoulés, les troupes de Magnus de Nuln s’étaient beaucoup renforcées. Autour de lui, il avait rassemblé une armée très hétéroclite: des fidèles dévoués de Sigmar et de plusieurs autres cultes, des fanatiques forcenés, des citoyens ordinaires et des soldats professionnels issus des armées des différentes provinces. Reconnaissant en Magnus un chef sous la bannière duquel ils pouvaient s’unir, ou réalisant qu’ils n’avaient pas d’autre choix en ces temps périlleux, les Comtes Électeurs de l’Empire lui avaient juré un soutien inconditionnel et s’étaient joints à lui à la tête de leurs propres troupes.

Le désespoir de Magnus

Néanmoins, l’espoir était une denrée rare en cette époque difficile et malgré sa foi inébranlable en la puissance de Sigmar et en la force de l’unité impériale, le découragement s’insinua dans le cœur de Magnus. Tous les jours, il lisait des rapports rapportés par ses éclaireurs ou détachés de la patte de pigeons voyageurs. Chacun d’eux contenait des histoires horribles et décrivait l’énormité des forces cauchemardesques déployées contre lui. Il écrivit dans son journal de guerre (aujourd’hui conservé à la bibliothèque privée de l’Empereur, au palais impérial) qu’il savait au fond de son âme que les braves hommes et femmes de l’Empire étaient capables de triompher de n’importe quel ennemi mortel. Mais pouvaient-ils y parvenir contre les monstres et les démons du Chaos…?

Magnus savait qu’il lui fallait des alliés; et des alliés capables de lui apporter quelque chose qui faisait défaut à ses propres armées.

Après l’avoir quitté, les elfes avaient évité le Vieux Monde pendant d’innombrables siècles, en fait pendant les deux mille une années qui avaient suivi la mort de Sigmar. Presque trois cent un ans exactement avant l’incursion du Chaos, ils étaient revenus sur les terres des hommes et avaient établi des relations avec l’Empire. Durant ces trois cents années, les élites de la société impériale avaient pu découvrir qu’un certain nombre de légendes courant sur ces elfes prétendument mythiques étaient vraies. Parmi ces légendes, il y avait des histoires relatives à la nature magique de cette ancienne race. Magnus écrivit dans son journal que, malgré sa réticence à cette idée, il sentait bien qu’il n’avait d’autre choix que de demander de l’aide au peuple d’Ulthuan.

Il ne partagea ses doutes avec personne, à part son plus vieil ami et plus proche confident, Pieter Lazlo. Il le pria de prendre la mer à bord d’un navire de commerce pour se rendre à Lothern, en Ulthuan, la seule ville dont les elfes autorisaient l’accès aux humains. Lazlo était porteur d’une lettre adressée au Roi Phénix d’Ulthuan, par laquelle Magnus l’informait de la terrible situation où se trouvait le Vieux Monde et implorait son aide. Lazlo prit la mer à Marienburg, à la tête d’un équipage trié sur le volet, sur l’Espoir de Sigmar (que son propre équipage surnomma le Fol Espoir). Dès le premier instant, ce navire dut affronter mille dangers. Il se leva la pire tempête que l’on ait vue de mémoire d’homme et le capitaine du port de Marienburg les supplia de ne pas prendre la mer, craignant de les voir sombrer avant même d’avoir atteint le large. Mais Lazlo et son équipage savaient bien que s’ils ne prenaient pas le risque de mourir en haute mer tout de suite, ils connaîtraient certainement une mort bien plus affreuse lorsque les forces du Chaos auraient envahi l’Empire. Ils prirent donc la mer.

Au cœur de la tempête

De sauvages ouragans cinglèrent leur navire pendant la traversée de la mer des Griffes et plus loin sur la mer du Chaos, au nom de si mauvais augure. Là, une vague aussi haute que les murailles d’Altdorf fracassa leur grand mât et, tandis qu’ils luttaient pour le réparer, leur bateau fut poussé par les vents à des lieues de leur itinéraire. Lorsqu’ils arrivèrent enfin tant bien que mal au port de Lothern, leur bateau était dans un triste état et les membres de l’équipage étaient tous affaiblis par la malnutrition et le scorbut. Le panorama qui se révéla à leurs yeux ne leur apporta guère de consolation. Ils passèrent devant le grand phare de la Tour Scintillante et virent que les murailles de l’énorme bâtiment blanc étaient noircies de fumée tandis qu’un grand nombre de ses milliers de lampes avaient été fracassées. Le détroit de Lothern était encombré des épaves fracassées de navires autrefois superbes et des cadavres gonflés des noyés. Le pilote elfe qui monta à bord pour les guider au passage des puissantes fortifications des Portes d’Émeraude dit à Lazlo que Lothern se relevait à peine d’un siège effroyable, qui n’avait prit fin que quelques jours auparavant. Les elfes noirs, leur dit le pilote d’un air sombre, s’étaient une fois de plus attaqués à Ulthuan et leurs armées, flanquées de leurs démoniaques alliés, ravageaient encore les villes et les campagnes de l’intérieur.

À ces nouvelles, le cœur de Lazlo s’emplit de désespoir. Le Roi Phénix offrirait-il son aide à l’Empire alors que son propre peuple était assiégé? Tandis que son navire approchait les immenses docks de Lothern, il aperçut les armées d’Ulthuan qui se rassemblaient pour marcher vers le nord. Comme il venait en tant que représentant officiel de l’Empire, on escorta Lazlo et on le mena aussitôt à la rencontre des émissaires du souverain d’Ulthuan. Il leur dit tout ce qu’il put de la situation dans le Vieux Monde et leur remit la lettre scellée que lui avait confiée Magnus. Finubar, le Roi Phénix, était en train d’élaborer une stratégie dans sa chambre d’état-major, en compagnie de l’archimage Teclis et de son frère Tyrion, champion de la Reine Éternelle, lorsque ses émissaires lui apportèrent la lettre et les nouvelles de Lazlo.

L’appel est entendu

Le roi Finubar savait bien quels dangers menaceraient Ulthuan si le Vieux Monde tombait aux mains des puissances et des potentats du Chaos, mais il savait également qu’il ne pouvait se priver de ses troupes pour les renvoyer avec Lazlo. Les elfes noirs avaient presque réussi à occuper Ulthuan toute entière et s’ils n’étaient pas rejetés à la mer, son peuple était condamné. C’est alors que Teclis entendit l’appel de la destinée et se porta volontaire pour accompagner Lazlo dans le Vieux Monde afin d’apporter toute l’aide qu’il pourrait à la race des humains. Il avait bien compris que si les terres des hommes tombaient aux mains des dieux du Chaos, Ulthuan subirait inévitablement le même sort. C’est ainsi que Teclis répondit à l’appel de Lazlo avec deux de ses confrères, les maîtres du savoir Yrtle et Finreir, et qu’ils unirent leur destinée à celles de Magnus et des armées des humains.

Lazlo conduisit les archimages à la cité-état impériale de Talabheim, où Magnus avait encore rallié d’autres troupes fidèles à sa cause. Dès le début, les siècles d’expérience de Teclis et ses sages conseils se révélèrent d’une valeur inestimable pour Magnus. Celui-ci fut d’abord désappointé que Lazlo n’ait pas réussi à revenir à la tête d’une armée, mais Teclis lui expliqua que la seule force des armes ne suffirait jamais à arrêter l’avancée du Chaos. Avec ses confrères maîtres du savoir, il fit comprendre à Magnus que les humains devaient apprendre à maîtriser la magie de manière à pouvoir l’utiliser en toute sécurité pour résister aux ennemis aethyriques contre lesquels il leur faudrait lutter au cours des semaines à venir. En fervent Sigmarite qu’il était, Magnus fut saisi de grands doutes en entendant les déclarations des archimages, mais il fit confiance à son instinct. Il était convaincu que les elfes qui se tenaient devant lui n’étaient pas habités par le mal. De plus, ces elfes étaient vieux de plusieurs siècles, leurs vies avaient été beaucoup plus longues que la sienne et leur sagesse paraissait presque les environner d’une aura tangible. S’ils affirmaient pouvoir enseigner aux quelques humains qui étaient sensibles à la magie comment l’utiliser pour vaincre les suppôts des Dieux Sombres, alors Magnus ne pouvait refuser ce précieux avantage. Pas devant ce qui l’attendait.

Le consentement de Magnus

Ainsi, Magnus accepta. Il fit jurer aux archimages que, si jamais l’un de leurs protégés humains montrait le moindre signe de corruption, ceux-ci le détruiraient aussitôt. D’un ton qui donna des frissons à tous ceux qui étaient présents, Teclis déclara que même sans cette promesse, toute créature corrompue qui s’approcherait des maîtres du savoir serait anéantie plus complètement que n’importe quel humain ne pouvait véritablement espérer le comprendre. Magnus n’eut pas le moindre doute en entendant ces paroles.

Ce fut ainsi que l’influence des archimages changea le cours de la guerre du Vieux Monde contre le Chaos.

LA DON DE LA MAGIE

Sous l’autorité et avec la permission de Magnus, ainsi que le soutien beaucoup plus réticent de ses subordonnés, la première action de Teclis et de ses confrères (et peut-être celle qui eut le plus profond retentissement) fut d’accorder une amnistie à tous les sorciers de village et aux magiciens mineurs qui existaient dans l’Empire à cette époque, puis de tenter d’en retrouver un aussi grand nombre que possible. On dépêcha des cavaliers aux quatre coins de l’Empire, dans tous les lieux où ils pouvaient se rendre, pour offrir une absolution complète et une formation à tous ceux qui savaient avoir une affinité avec la magie, qui possédaient le don ou qui pensaient le posséder.

Certains d’entre eux firent des rêves étranges ou se sentirent animés d’une irrésistible impulsion de se rendre à Altdorf, comme si une force étrangère les y obligeait. Une fois arrivés là, s’ils se soumettaient à l’estimation de Teclis et à son enseignement et s’ils acceptaient de se battre dans la guerre qui était sur le point d’avoir lieu, aucun agent ou pouvoir de l’Empire ne pouvait plus leur faire le moindre mal. Ils étaient dorénavant sous la protection de Teclis et celle de Magnus de Nuln, le grand unificateur.

L’épuration de Teclis

Les prodigieuses capacités des mages elfes, alliées à leur profonde sensibilité aux moindres mouvements de l’Aethyr, leur permettaient de ressentir jusqu’aux plus petites invocations des moindres lanceurs de sorts humains à des lieues de distance, ce qui leur permettait de détecter eux-mêmes les utilisateurs potentiels de la magie. Grâce à leurs connaissances ésotériques, ils pouvaient traverser l’Empire à une vitesse surnaturelle, ce qui leur permit de découvrir un grand nombre des sorciers primitifs ou fourvoyés qui étaient obligés de vivre dans la clandestinité. Il y eut également ceux qui se rendirent à Talabheim de leur propre gré, pour s’en remettre à l’autorité de Magnus qui représentait leur dernier espoir. Sans perdre de temps, Teclis et ses deux compagnons éliminèrent tous les envoûteurs et thaumaturges qui se révélèrent corrompus au-delà de tout espoir de rédemption.

Teclis laissa de côté les prêtres et les théologiens des cultes de l’Empire, malgré le fait qu’il avait décelé une grande aptitude à la magie chez un grand nombre d’entre eux. Les saints hommes et femmes de l’Empire étaient catégoriques et affirmaient ne posséder ni le pouvoir ni le désir de manipuler la magie. Ils insistaient sur le fait que tous les miracles produits par leurs prières leur étaient directement accordés par la divinité qu’ils vénéraient. On dit que les maîtres du savoir Yrtle et Finreir furent amusés par ces allégations, mais Teclis hocha simplement la tête et abandonna la question. Les prêtres qu’il avait rencontrés étaient déjà capables de canaliser la magie au moyen de leur foi et de leurs rituels; ils n’avaient pas besoin d’apprendre la magie profane que Teclis pouvait leur enseigner. Le grand archimage ne vit aucune raison d’instiller le doute dans leurs cœurs en insistant sur ce sujet.

Teclis et ses confrères commencèrent à enseigner les voies de la magie à leurs étudiants humains, à la grande horreur de nombreux ordres templiers de l’Empire, qui les considérèrent d’un œil terriblement désapprobateur, particulièrement les répurgateurs. En vérité, de nombreuses personnes et de très anciennes institutions de l’Empire furent atterrées de voir que des humains avaient obtenu la permission de s’adonner aux arts de la sorcellerie. Mais Magnus, la Voix de Sigmar, le grand unificateur de l’Empire et son dernier espoir contre les hordes du Chaos, en avait décidé ainsi. Et Magnus était soutenu par le grand théogoniste et les Comtes Électeurs; les répurgateurs furent donc tenus en échec.

Le don du savoir

Ainsi, ceux qui étudièrent les rudiments des savoirs occultes auprès de Teclis et de ses confrères furent donc les utilisateurs de magie les moins savants, avec quelques praticiens un peu plus évolués qui exerçaient des disciplines secrètes qui n’avaient pas été trop corrompues (qu’ils les aient apprises en terre étrangère ou développées lors d’expérimentations personnelles). Le temps jouait contre eux. Teclis, Finreir et Yrtle enseignèrent donc à leurs élèves des sorts offensifs relativement simples: boules de feu, éclairs et sorts produisant des bruits assourdissants. Mais ils leur enseignèrent également des sorts de soin, pour leur permettre d’aider les blessés sur le champ de bataille et quelques autres techniques semblables qui pourraient s’avérer utiles contre les redoutables légions des Dieux Sombres.

Parmi les nombreux protégés des maîtres du savoir, deux individus excellèrent plus que tous les autres. De nos jours, on prononce encore leurs noms avec admiration et une crainte mêlée de respect: ce sont l’impétueux Friedrich von Tarnus, qui se couvrit de honte comme commandant des Joueurs d’Épées de Carroburg et qui devint le premier patriarche du Collège Flamboyant et, bien sûr, le plus puissant et le plus savant de tous les étudiants de Teclis, celui qui est resté dans l’histoire sous le nom de Volans. Aux côtés de leurs mentors et des autres sorciers impériaux débutants, ces deux personnages jouèrent un rôle vital dans la défaite des armées des Dieux Sombres, mais aussi dans le nettoyage de l’Empire lorsqu’il fallut le purger de la contamination du Chaos.

Au cours de nombreuses batailles pour la défense de l’Empire, les archimages elfes et leurs protégés humains démontrèrent tous qu’ils étaient prêts à verser leur propre sang et ils subirent de graves blessures pendant cette terrible guerre. Le maître du savoir Yrtle lui-même tomba au combat, décapité par une horreur démoniaque griffue à l’instant même où il l’incinérait dans le flot de flammes qui jaillit de ses mains. On l’enterra en Ostermark, avec tous les honneurs dus à son rang.

Les sauveurs de l’Empire

Après la victoire de l’Empire dans la dernière bataille de la Grande Guerre, devant les portes de la cité de Kislev, la puissance du Chaos décrut graduellement. Les démons retournèrent peu à peu dans le royaume du Chaos, où ils furent rejetés par les terribles sorts que leur lancèrent Teclis et ses étudiants humains. Une fois l’obscurité à nouveau chassée de la terre, la cité de Praag fut rasée et reconstruite. Mais en dépit de cela, Praag est restée une cité hantée où l’on dit que les morts ne reposent pas en paix dans leurs tombes.

C’est ainsi que les nouveaux magisters furent salués comme les sauveurs de l’Empire, au même titre que Magnus lui-même. Pour sa part, Magnus fut couronné empereur et les provinces se trouvèrent unies sous une même autorité pour la première fois depuis des siècles. Si les Comtes Électeurs de ce temps ressentirent le moindre doute au sujet de l’intronisation de cet homme aux yeux noirs, un aristocrate de second plan, un ex-séminariste, ils n’en soufflèrent mot. Le peuple de l’Empire avait choisi son souverain et n’admettrait pas la moindre objection.

LA FONDATION DES COLLÈGES DE MAGIE

Pendant les trois siècles suivants, une période connue sous le nom de « Grande reconstruction », l’Empire travailla à réparer les dégâts causés par l’ère de guerre civile qu’il avait traversée et par les déprédations des armées du Chaos. Même si les empereurs qui devaient lui succéder étaient loin de valoir Magnus, un sentiment de fierté et de responsabilité nationale était né dans tout le pays. Sur l’insistance de Magnus, Altdorf révisa ses lois sur la citoyenneté, ajoutant ainsi des milliers de nouveaux contribuables à sa population déjà impressionnante. Avec la victoire sur les hordes du Chaos, le règne de Magnus inaugura une nouvelle ère de paix et de prospérité.

Un nouveau départ

C’était l’ère du changement, mais personne n’était préparé à ce qui devait se produire ensuite. Lors de son accession au trône, Magnus pria Teclis et Finreir de l’aider à créer une institution où les citoyens impériaux pourraient être convenablement formés à l’étude et à la pratique de la magie. Le nouvel Empereur avait pu observer de ses propres yeux à quel point la magie bien contrôlée pouvait se montrer utile pour combattre les forces du Chaos. Il déclara que l’Empire ne pouvait se permettre de se priver d’un atout aussi précieux, particulièrement si l’on considérait qu’on ne pouvait avoir la moindre certitude sur le fait que les forces du Chaos aient été totalement anéanties ou seulement temporairement repoussées.

Finreir commença par s’élever contre cette idée, avançant que les secrets de la magie et de l’art de la maîtriser n’étaient pas destinés aux humains. Les humains et les elfes en étaient déjà venus aux mains dans le passé et cela se reproduirait probablement. Mais Teclis voyait plus loin. Il argumenta que la sécurité ou la ruine du Vieux Monde se trouvaient entre les mains des humains de l’Empire, car leurs terres étaient de loin les plus peuplées et leurs royaumes et leurs armées étaient les plus puissants du continent. Même s’ils se montraient des alliés réticents, les humains pouvaient constituer un rempart capital dans toute future guerre contre les dieux du Chaos et leurs séides. Les elfes ne possédaient plus les forces nécessaires pour remporter une telle guerre à eux seuls. Plus important encore, dit Teclis à Finreir, si les humains n’apprenaient pas à résister aux agressions physiques et spirituelles du Chaos, ils tomberaient peut-être un jour dans les griffes des Dieux Sombres et que se produirait-il alors? Ulthuan, et sans doute la planète entière, seraient condamnées.

Après en avoir longuement débattu dans l’intimité, la sagesse de Teclis finit par triompher et, avec l’aide de Finreir, il fonda les huit Ordres de Magie, à Altdorf selon la requête de Magnus. Altdorf fut choisie pour le bien de l’Empire, car la cité se trouvait suffisamment proche de Nuln, siège du pouvoir de Magnus, pour que l’Empereur puisse surveiller les Ordres naissants, et elle s’en trouvait en même temps suffisamment éloignée pour qu’en cas d’implosion, l’éventuel effondrement des Ordres n’entraîne pas l’Empereur dans leur chute sans qu’il ait eu la possibilité de réagir.

Au cours de l’été 2304 CI, Magnus proclama qu’Altdorf accueillerait les nouveaux Ordres de Magie. Des émeutes éclatèrent aussitôt dans les rues et la population prit la fuite lorsque les hauts elfes entamèrent les manipulations magiques qui allaient leur permettre d’altérer l’architecture même du tissu structurel d’Altdorf afin d’y insérer les bâtiments des nouveaux Collèges. Le peuple finit par revenir pour retrouver sa cité très semblable à ce qu’elle avait toujours été et pourtant immensément changée.

En raison de la magie utilisée pour modifier la structure de la cité, il n’était plus possible de la représenter sur une carte. Les Altdorfers furent obligés de trouver le moyen de s’orienter dans le labyrinthe de ses rues en se basant sur des repères, plutôt qu’en utilisant leur sens de l’orientation. Cela déclencha de nouvelles émeutes mais, après proclamation de la loi martiale, la populace n’eut plus d’autre choix que de se plier à la situation, quoiqu’à contrecœur.

À peine établis, les nouveaux Ordres de Magie commencèrent à courtiser les guildes et leurs chefs. Il semble que les sorciers ne perdirent pas une seconde pour s’impliquer dans les méandres de la politique d’Altdorf. Le grand prince, voyant ce développement d’un œil soupçonneux, instaura un nouveau statut de citoyenneté réservé aux sorciers, celui de «magister», afin de mettre un frein à la croissance de ce nouveau pouvoir. Des lois complexes régissant le commerce, les droits de vote et les droits sur la propriété foncière furent également mises en place dans le but de contrôler l’influence alarmante que prenaient les sorciers dans la cité.

Pendant les quelques années suivantes, les sorciers et la noblesse de la cité manœuvrèrent pour prendre l’ascendant, dans un complexe pas de deux constitué de négociations et de complots. Cependant, à chaque décennie qui passe, les Ordres parviennent à s’attribuer un peu plus de pouvoir et, encore de nos jours, il est de très bon ton pour un membre de l’élite d’avoir un sorcier à sa cour. Il reste à voir ce qu’il adviendra de cette impressionnante force politique dans le futur, car de nombreux sorciers ont l’oreille des gens les plus puissants et les plus influents et ils se mêlent à toutes les couches de la société, sans le moindre contrôle.

Les Collèges aujourd’hui

Bien que les mesures initiales prises pour anticiper l’irruption des Collèges dans la société impériale aient correctement joué leur rôle, ne vous méprenez pas, les sorciers s’intéressent toujours de près aux rouages de la politique tout en prenant soin de rester dans les limites de la loi. Depuis l’exaltation des premiers jours de la fondation des Collèges, les magisters et les nobles n’ont jamais cessé d’intriguer pour prendre le contrôle de la situation, en alternant tractations et manigances. Décennie après décennie, les magisters acquièrent toujours plus de pouvoir, en étendant leur influence à tous les niveaux.

En plus de se forger une place dans l’Empire, les sorciers ont pris soin de peaufiner leur image aux yeux du peuple. Ils se présentent comme des serviteurs de l’Empire et sont prompts à rappeler aux gens l’importance de leur rôle dans le sauvetage de l’Empire lors de la terrible Incursion du Chaos. À force de se présenter en héros, les exécutions se raréfient et l’intolérance généralisée envers les gens de leur espèce a fini par diminuer. Une certaine atmosphère de tolérance commence même à se développer dans les milieux culturels. En fait, les gens finissent par être si accoutumés à la présence des sorciers officiels qu’il est devenu habituel pour les nobles, dans tout l’Empire, d’entretenir un sorcier à leur cour.

De fait, les Collèges de Magie sont rapidement en train de devenir l’un des protagonistes majeurs des arènes politiques d’Altdorf et d’ailleurs. Les magisters se tiennent généralement au-dessus des machinations des nobles ambitieux qui aimeraient profiter des récentes difficultés occasionnées par le cataclysmique conflit qui vient de se dérouler dans le nord. Mais de nombreuses personnes soupçonnent que ces mêmes magisters emploient un vaste réseau d’espions, afin de surveiller les différentes factions politiques à l’œuvre. Il reste à savoir ce que le futur tient en réserve pour cette impressionnante force politique, car de nombreux sorciers sont très écoutés des puissants et peuvent naviguer dans toutes les couches de la société, sans contrainte aucune.

 

Le Collège Céleste